Xavier Bertrand, le 25 octobre 2025, à Saint-Quentin, dans l'Aisne ( AFP / Francois LO PRESTI )
Alors que les candidatures à la présidentielle foisonnent à droite comme à gauche, Xavier Bertrand (LR) creuse son sillon pour l'Elysée, sans passer par la case primaire et en se posant comme le rempart contre le Rassemblement national et La France insoumise.
Il retire ses écouteurs, admet qu'il écoute religieusement chaque matin sur RTL l'humoriste Philippe Caverivière. Qui a dit de lui qu'il était comme "un passager que les bouchons ont opportunément empêché de prendre l'un des avions qui se sont écrasés le 11 septembre 2001 contre les tours jumelles".
Méchamment battu lors de la primaire des Républicains en 2022, éconduit à chaque fois qu'il était pressenti à Matignon depuis 2017, le président des Hauts-de-France, 60 ans, rêve de relever l'étendard de la droite populaire qui avait porté Nicolas Sarkozy au pouvoir en 20007.
Parviendra-t-il cette fois-ci à prendre le bon avion pour l'Elysée ?
"Je coche beaucoup de cases mais je suis bien placé pour savoir que cela ne suffit pas", admet-il dans un entretien à l'AFP.
Parmi ces cases, il revendique avant tout ses deux victoires contre le RN dans sa région des Hauts-de-France, dont la première en 2015 contre Marine Le Pen, qui n'a pas de mots assez durs contre lui et le traite de "boule de haine".
Pas de RN donc mais pas LFI non plus : c'est sa manière de pousser contre les cordes son propre parti, qui désigne uniquement l'extrême gauche comme "principal danger pour la République".
Et puis il y a la case +ne pas avoir appartenu à un gouvernement macroniste+.
Si Xavier Bertrand admet que cela s'est joué à peu de chose, qu'il réfléchissait déjà pendant l'été 2024 à la composition de son équipe pour Matignon, il se différencie aujourd'hui de nombre de ses rivaux en revendiquant son opposition au chef de l'Etat.
De quoi faire monter une petite musique sur le thème "Bertrand, ce n'est pas déconnant" pour se positionner comme le candidat de "rassemblement" de la droite et du centre afin de déjouer les pronostics de ceux qui misent sur un duel entre Jean-Luc Mélenchon et les favoris des sondages Marine Le Pen ou Jordan Bardella.
- Un parlé cash -
Cet argument trouve de l'écho au sein de la macronie, comme le confirme une députée Renaissance qui le qualifie "d'irréprochable" face au RN ou d'un cadre MoDem qui place l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy parmi "les candidats sérieux" pour 2027, en se demandant si son "moment" n'est pas venu.
Des propos nuancés par une autre source du parti centriste qui admet que le président des Hauts-de-France a certes "une carte à jouer" mais se demande à "quel électorat il parle" et caricature son passé d'agent d'assurance pour lui prêter "une espèce d’insincérité physique".
Admirateur des requins depuis qu'il a découvert, enfant, "Les Dents de la mer", il tire à vue sur ses collègues LR dans son récent livre "Rien n'est jamais écrit (Robert Laffont)".
Des Républicains qui ont eux aussi la dent dure avec Xavier Bertrand : cet électron libre avait claqué la porte du parti en 2017 avant d'y revenir quatre ans plus tard pour trébucher sur la primaire.
C'est d'ailleurs au sein de sa propre famille politique que se trouvent ses principaux rivaux, du patron de LR Bruno Retailleau à l'ultralibéral David Lisnard en passant par Laurent Wauquiez et Michel Barnier. Sans oublier, côté macronie, Gabriel Attal et Edouard Philippe.
La primaire ? Pas question de tendre l'autre joue. Convaincu que "la présidentielle est avant tout une question d'incarnation", il espère gagner des points dans les sondages d'ici "la première quinzaine d'octobre" et s'imposer comme candidat incontournable pour la droite et le centre.
Promettant de ne briguer qu'un seul mandat de cinq ans, il refuse de divulguer pour l'instant son programme et garde pour lui ses "secrets de fabrication".
Alors, il renie "les codes" qui n'étaient pas les siens, assure-t-il, mais lui ont été imposés par ses conseillers com, affirme vouloir "parler cash" et ne rechigne plus à évoquer sa vie personnelle et familiale.
"Il joue un peu le rôle du sniper, il est un peu libéré", observe un dirigeant d'Horizons.

2 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer